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Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO]

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MessageSujet: Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO] Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO] EmptyDim 14 Juin 2015 - 21:44



Chapitre III - La Montagne de Kirlhé
"Chaque rencontre est une nouvelle porte pour ton voyage"
Précédemment - Chapitre II - Les Morrigans




Le temps.
 
Le temps était ce sable qui s’écoulait sans arrêt, ne revenant jamais en arrière. C’était ces grains de sables qui s’écoulaient, et qui représentait notre vie. C’était quelque chose qu’on ne rattraperait jamais.
Nylam l’avait bien compris, et Eclari aussi. Son combat face au géant après sa partie de poker au Cafe Lone’s Eye lui avait bien fait comprendre cela. Ce temps qu’il avait perdu lui avait fait manqué son navire pour se rendre à Fiore. Ce pays où la magie était fort répandue.

Oui, Nylam avait cessé de se quereller avec l’esprit Eclari, il avait compris l’essentialité de son voyage pour Fiore. Il devait se fondre dans la masse et devenir plus fort pour pouvoir fuir ses assaillants. Une idée qui lui déplaisait plutôt énormément mais il savait très bien qu’il n’était pas encore capable d’affronter à nouveau un ennemi comme son précédent adversaire. Chance pour lui, celui-ci était seul. S’ils avaient été deux, il n’y aurait jamais survécu. Même si toutefois, il y avait cette petite voix dans sa tête qui ne cessait de le rassurer sur son potentiel.
 
Il secoua sa tête, essayant de revenir à lui. Il était près de la mer, c’était déjà cela. Il savait où il se rendait. Il parcourait la lande, Eclari sur ses épaules. Les falaises roses pâles plongeaient dans le flot tandis que le vent d''Est fouettait le visage du jeune mage. La brise puissante faisait ployer l'herbe. Cela faisait bientôt deux années qu’il avait patienté patientait sur Ca Elum. Il en avait dressé des relevés exacts où il notifiait la présence des baies, des falaises, et des ports… Il était là depuis trop longtemps, et son souhait personnel de rejoindre Fiore durait depuis trop longtemps pour qu’il puisse patienter plus longtemps.


Il retrouva ce petit sentier qui serpentait entre quelques touffes de bruyère violette. Il était sur la bonne route. Leur parfum se mêlait à celui de l'air salé et de l'algue marine. Et tout autour, des ruines et des rocs lavés par la pluie et les tempêtes. Ils dessinaient une faune rocheuse, comme un grand dédale de formes sans noms qui rappelaient que jadis ce lieu avait été un port quelque peu prospère.

Nylam empruntant un autre chemin plus ardu, le faisant s'approcher de la falaise. Il jeta un regard vers le Sud-Est, cherchant ces terres trop lointaines où le soleil est un poids tout au long du jour. Mais ses yeux ne rencontrèrent que le floue de l'horizon. Il n'aperçut aucune voile à l'horizon. C’était bon signe pour lui, à cette heure-ci il aurait dû en voir beaucoup, cela signifiait que des navires étaient encore à quai.


Un peu plus loin, il aperçut une plage de galets qui s'enfonçait dans la mer. Un long mammifère marin avait échoué sur ses bords et les mouettes achevaient de nettoyer sa carcasse grise sur laquelle la chaire animale avait pourri.


- "Où nous rendons-nous ?", finit par interroger Eclari.
 
- A Kirlhé, répondit Nylam, le Port Noir… Je devais embarquer dans un de ces navires pour aller à Fiore, mais on devait partir à l’aube. Il est un peu trop tard là.
 
- "Pourquoi l’appellent-ils le Port Noir ?" Demanda la petite créature intriguée.
 
- Parce que… ce port… cette cité, est une cité de… criminels.


Dernière édition par Nylam O'Byrn le Dim 14 Juin 2015 - 21:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO] Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO] EmptyDim 14 Juin 2015 - 21:45

Soupir las.

Il était épuisé, et chacun de ses pas était plus difficile que le précédent. La roche sous ses pieds, crissait chaque fois que sa botte de cuir se posait dessus, et c'était bien la seule chose avec sa respiration haletante qui rompait le calme des lieux. Devant lui, de minuscules points lumineux bien trop lointains pour être discernés avec précision, marquaient l'emplacement de Kilhé, le Port Noire de Ca-Elum. La puissante forteresse bâtie à flanc de falaise ressemblait à une masse de ténèbres peuplée de milliers de feux, et on ne distinguait même pas les maisons des contreforts rocheux. Tout au plus percevait-on la langue sinueuse du fleuve, gris plutôt que noir, sur laquelle couraient des navires qui se succédaient en une file presque ininterrompue, apportant leur précieuse marchandise jusque dans la capitale universelle du marché noir. D'aucuns auraient pu penser qu'il n'y avait rien de bon ici, mais ce n'était pas son avis. Faisant jouer ses épaules pour rajuster les sangles de son sac, faisant face à la majestueuse ville qui l’avait aidé ces deux dernières années, il continua sa route, pas après pas.

Autour de la ville, le relief était montagneux, et seulement deux d'entre elles étaient dignes d'attention. La première surplombait directement la cité, et il était possible de rallier le sommet en seulement quelques heures de marche. Des marches avaient été taillées pour en faciliter l'accès, et le chemin en lui-même n'avait plus rien du pèlerinage qu'il était jadis. C'était un axe fréquenté par les bonnes gens, par l'aristocratie, et plus uniquement par les fidèles les plus convaincus qui entreprenaient l'expédition pieds nus pour montrer leur dévotion. Tout en haut, en effet, se situait un des plus importants temples dédiés à Poséidon, qui avait gagné en importance depuis que le chef du port avait imposé le Dieu à tous ses sujets. C'était toutefois un endroit malsain et désagréable, qu'il fallait être particulièrement courageux pour oser affronter. On y célébrait des messes sombres, et on y pratiquait des rituels des temps anciens qui nécessitaient, disait-on, du sang humain. Des esclaves y avaient toujours été acheminés, mais aujourd'hui cette pratique semblait être plus secrète qu’autrefois.
 
- "Ce temple empeste la noirceur", commenta Eclari, "Je n’ai jamais aimé ce genre de sanctuaire maudits.."

Le second pic sur lequel un voyageur pouvait s'attarder se trouvait un peu plus loin de la cité proprement dite, et un peu moins haut que le temple. La montagne était beaucoup moins fréquentée, assurément, et le voyage était donc paradoxalement plus long. Il fallait trois longues journées de marche pour parvenir jusqu'au sommet, en passant par un chemin sinueux et étroit qui courait sur le flanc du mont colossal qui s'élevait vers le ciel. Nulle marche taillée cette fois, seulement un mince chemin qui n'avait jamais été entretenu, et qui menaçait de s'effondrer parfois. Les dangers étaient nombreux pour se rendre au sommet, mais la récompense en valait la peine. D'une nature toute autre que le temple de Poséidon, le monastère d’Amphitrite était un lieu de paix et de détente, où chacun pouvait venir pour y trouver la sérénité. Les prêtres qui se trouvaient là étaient au service de leurs invités, et vivaient des dons généreux qu'ils recevaient des individus qui venaient se réfugier sous leur toit. Un échange de bonté, en somme, qui n'impliquait pas de verser le sang.


Eclari observa ce temple avec attention, elle semblait y porter un intérêt, comme si elle reconnaissait cette endroit. Cela affirmait les doutes du jeune mage qui devait continuer à se méfier d’elle. Mais il restait intrigué. Elle remarqua son regard pesant et finit par dire :
 
-          "J’ai l’impression d’avoir déjà vu ce temple avant…"
 
Cette remarque intrigua le jeune O’Byrn davantage et soutint son regard en espérant avoir plus de réponses.
 
- "De mon vivant, il y avait beaucoup plus de temples qu’il y en a aujourd’hui, et celui-ci est exactement le même que dans un de mes souvenirs."
 
Nylam resta un long moment silencieux face à cette remarque. Il était vrai que c’était une conscience d’un mort. Il avait tant de questions qu’il aimerait lui poser. Notamment son âge. Mais il n’avait pas de temps à perdre, il avait beaucoup de route à faire et le plus vite il arrivera, le plus vite il pourra se rendre à Fiore.
Il reprit sa marche et cela faisait des heures qu'il marchait, dans l'objectif de rallier ce temple en espérant sincèrement y trouver l’homme qu’il cherchait et qui l’aiderait dans sa quête. Alors que ses pas le menaient toujours plus haut, il commença à sentir l'odeur caractéristique du monastère : l'odeur de sel que l'on ne trouvait nulle part ailleurs. On avait l'impression de se trouver au bord de mer, et les mouettes qui volaient au dehors en projetant leur ombre devant les pieds du voyageur ne permettaient pas d'infirmer cette première impression, bien au contraire. Il sourit en percevant les effluves marins et iodées, et cela lui redonna du baume au cœur, le poussant à avancer encore pendant quelques temps, avant de commencer à chercher un endroit où faire une halte. A l'exception des premières heures de la journée, il faisait perpétuellement sombre sur ce flanc de la montagne, et il n'était jamais aisé de savoir quand s'arrêter. Dès lors, il valait mieux être prudent, et localiser un endroit approprié pour se reposer, car lorsque la nuit s'emparait du ciel, c'était comme si les ombres s'abattaient sur les lieux en une seconde. Tout à coup, on se rendait compte qu'on ne voyait plus rien, et qu'il n'y avait pas d'autre solution que de dormir au milieu du chemin... ce qui n'était pas recommandé. Eclari s’était recroquevillé dans le cou du jeune mage, dans ses vêtements. Elle avait beau montrer un caractère glorifiant en temps normal, elle était capable de ressentir la peur.
 
- "Il y a des choses dans ces landes… des choses dangereuses" Dit-elle, comptant sur sa détection unique.

Mais, en effet, beaucoup de choses rôdaient la nuit dans ces montagnes. Des créatures volantes, d'autres rampantes, d'autres encore courantes. Elles se tapissaient dans des grottes le jour, et sortaient quand la Lune était haute pour venir se nourrir. Certaines n'étaient pas plus grandes que la main, d'autres pouvaient atteindre la taille d'un cheval d'après certaines histoires. Toutes, quoi qu'il en fût, étaient mortellement dangereuses si on n'y prenait pas garde. Il était difficile de faire la part des choses entre la superstition et la réalité, mais Nylam était déjà venu ici une fois, et ce qu'il y avait vu l'avait incité à faire preuve d'une grande prudence. Il y avait des choses cachées dans la nuit, et elles n'étaient pas que le fruit de l'imagination de conteurs en quête de sensation. Profitant de ce que le soleil n'était pas encore tombé, il continua sa progression, et aperçut à sa grande surprise un attroupement un peu plus haut sur la route. On aurait dit un convoi, composé d'une demi-douzaine de personnes environ. Il n'était pas rare de voir des pèlerins se rassembler pour s'attaquer ensemble à l'ascension, mais en règle générale ils ne s'immobilisaient pas ainsi au milieu du sentier, l'air perplexe.


- "Ils ont l’air en mauvaise posture", fit remarquer Eclari qui était sortie de sa cachette.

A mesure qu'il gravissait la pente raide, il pouvait distinguer les détails de la scène. De toute évidence, quatre des hommes étaient des porteurs, à en juger par leur tenue : ils étaient habillés comme des esclaves, et avaient le dos voûté de ceux à qui on confie une lourde tâche chaque jour. Les deux autres étaient probablement leurs maîtres. Un homme et une jeune femme, en grande discussion devant ce qui semblait être l'objet de leurs tracasseries. Puis soudain, dissimulé entre les deux maîtres, une jeune fille était dissimulée. Elle semblait incroyablement calme, et ses vêtements d’un blanc immaculé ajoutait un certain côté mystique qu’il ne pouvait expliquer. Eclari semblait également omnibulé par cette jeune fille. Elle dégageait définitivement quelque chose si tous les deux étaient dans cet état.
 
Il y avait une voiture à porteurs, de toute évidence hors de prix, qui paraissait renversée, et dont l'une des prises se trouvait dans le vide, inaccessible. La situation paraissait compliquée pour les voyageurs : l'objet était lourd, et il fallait la force de quatre hommes pour le transporter. Trois ne suffiraient pas à remettre le carrosse sur le chemin, qui de toute façon se faisait de plus en plus étroit, et qui se révélerait inutilisable. Considérant la qualité de la route, la pente, et les virages incessants, il était déjà miraculeux qu'ils eussent été en mesure d'arriver si loin. Essayer davantage serait folie. Mais c'était là les considérations d'un homme qui avait déjà eu l'occasion de se rendre au temple : qu'en serait-il des autres ?


- "Ils risquent de tomber avec leur carosse… Puis… tu es à découvert !!", hurla Eclari avant de se cacher dans derrière.
 
Ils finirent par le repérer, naturellement - il ne cherchait pas particulièrement à se cacher, et les pèlerins avaient pour coutume de renoncer à toute intention malveillante en entamant l'ascension -, et l'homme se porta à sa rencontre, laissant la jeune femme et la jeune fille au bon soin des esclaves qui se rapprochèrent d'elle comme pour les protéger. Non, ce n’était pas la femme qu’ils protégeaient, mais belle et bien cette jeune fille. Nylam l’analysa davantage et finit par voir des longs cheveux blonds descendre le long du visage de cette petite demoiselle, et deux grands yeux verts, assombris par une tristesse qui lui échappait.
Comme il était de coutume, quand un roturier rencontrait quelqu'un qui était de la noblesse - ou qui du moins semblait en être, car l'individu avait davantage l'air d'un étranger que d'un autochtone -, il salua le premier, et se présenta d'une voix claire quoique mesurée... la nuit approchait :

- Bien le bonjour, ou le bonsoir messire ! Je m'appelle Steven Maldrick, je viens d’un village de l’Est de Fiore. Vous avez l'air dans une mauvaise posture, puis-je vous apporter mon aide ?

- "C’est quoi ce nom ? Encore en train de faire ton vaurien !", dit Eclari d’un air outrée et flatteur à la fois.
 
Il ne réagit pas à la remarque de la petite créature, mais le fait que personne lui prête attention ou ne l’entende, confirmait ses pensées. Il était le seul à pouvoir la voir et l’entendre.

Il avait levé les mains bien en évidence, signe universel de paix, et bien qu'il conservât une dague à la ceinture, il ne semblait pas menaçant. Surtout pas à un contre sept, alors qu'il paraissait quelque peu fatigué par sa marche et son précédent combat. De toute évidence, cela devait suffire à l'homme, qui le laissa approcher tout en le surveillant du coin de l'œil. Cette attitude était normale partout, surtout que Nylam commençait à croire que lui aussi était un roturier, et qu'il était plutôt une sorte de garde du corps pour la jeune fille qui se tenait derrière, en retrait, encadrée par ses quatre esclaves et la jeune femme. Ils paraissaient épuisés, mais dans leur regard brillait une lueur de détermination féroce. Ils ne laisseraient personne la toucher, dussent-ils tous y laisser la vie. Portant la main à son front, le jeune garçon lança courtoisement :

- Mes respects, mesdemoiselles.

Eclari pesta le jeune garçon, et fit la moue en passant devant lui. Ne la connaissant pas vraiment, Nylam jurait voir une once de jalousie.

Quant aux voyageurs, il ne les voyait pas très bien à cause de l'obscurité, mais la jeune femme lui paraissait suffisamment jeune pour être appelée ainsi sans risque. Il lui adressa un sourire amical, que ses dix-neuf ans rendaient presque charmeur. A vrai dire, il était loin d'être laid, même si sa beauté naturelle était estompée par un fardeau invisible qui semblait reposer sur ses épaules. Déposant son sac sur le sol, il s'approcha du carrosse, qui était en équilibre instable, même s'il ne menaçait pas de tomber de lui-même dans l'immédiat. Il était possible de le tirer à la force des bras pour le remettre sur la route - ce qui serait éreintant et fastidieux, mais il ne faudrait pas compter l'emporter plus haut. Nylam fit le tour de la scène, se penchant parfois pour examiner la situation, et il resta examiner le tout pendant quelques longues et silencieuses minutes, avant de lâcher :

- Je pense qu'on peut régler ça. Si nous associons nos cordes, nous devrions pouvoir dégager votre carrosse. Il nécessitera quelques réparations, mais rien d'insurmontable. Par contre, je pense que nous devrions réfléchir à cela demain.

Il s'était approché de son sac, pour le charger de nouveau sur ses épaules. De toute évidence, il ne considérait pas qu'on pût opter pour une autre solution que la sienne, et si quelqu'un était d'avis de tenter le sauvetage du carrosse en l'instant, il n'y prêterait pas son concours. Levant les yeux vers le ciel, il essaya de voir à travers les nuages sombres si la nuit était déjà tombée. C'était difficile à dire, mais il devenait de plus en plus difficile de se repérer, et il n'avait aucune envie de traîner dans les parages quand l'obscurité serait totale... ce qui devrait arriver d'ici peu de temps.

- J'ai repéré un endroit où on devrait pouvoir se cacher, un peu plus bas... Suivez-moi.

Et, sans attendre, il commença à descendre. Il jeta rapidement quelques coups d’yeux derrière lui, s’assurant qu’on le suiviait. Mais au fond de lui, ça ne lui importait pas présentement, ce qui lui importait c'était de rejoindre un abri sûr. Il avait repéré un renfoncement dans la roche, où il était possible de se glisser discrètement, et qui était invisible depuis l'extérieur. Les créatures les plus grosses ne pouvaient s'y faufiler, et celles plus petites pouvaient être bloquées par un simple sac, ou quelques vêtements roulés en boule. Mais encore fallait-il y arriver, car descendre une pente raide était particulièrement difficile quand on voyait à peine où on mettait les pieds. En tête, Nylam essayait de ne pas glisser, et de limiter le crissement de ses pieds sur la roche. Il s'arrêta un instant pour reprendre son souffle, et constata que les crissements continuaient. On aurait dit un raclement régulier contre la pierre, comme les pieds d'un voyageur... ou les pattes d'un prédateur. Et étrangement, ils ne venaient pas de derrière lui.
 
- "Il y a quelque chose de dangereux !!" Hurla Eclari qui bondit sur l’épaule du jeune mage.
 
- En arrière ! Cria-t-il tout bas sous l’alerte de l’esprit. En arrière, ne faites pas de bruit !

Ce qui se trouvait devant lui, il n'en avait aucune idée, et il ne voulait pas le savoir. Tout ce qui comptait, c'était de s'enfuir avant d'être repéré. Se retournant prestement, il fit de grands gestes pour inviter les silhouettes qu'il ne parvenait pas à reconnaître à faire demi-tour. Il reconnut le garde du corps à qui il avait parlé un peu plus tôt. Il se tenait à côté de la jeune femme qui portait la jeune fille sur son dos, ne la lâchant pas d'une semelle, conscient des risques qu'ils encouraient. La situation n'avait pas encore dérapé, et ils avaient encore un peu de temps devant eux, mais la tension était palpable. Nylam lui saisit le bras pour attirer son attention :

- Passez devant, et trouvez-nous une cachette. Et surtout, n'allumez pas de torches ! Allez !


Eclari jeta un coup d’œil inquiet à Nylam, et s’exécuta aussitôt. Dans le lointain, un hurlement étrange se fit entendre. Cela ressemblait à un loup, mais ce n'en était pas un. Leur imagination respective leur faisait imaginer des créatures terrifiantes, et Nylam songea à un loup immense, difforme et incroyablement rapide, venu pour les traquer. Il préférait ne pas voir sa théorie se confirmer, et il emboîta le pas au groupe qui remontait péniblement le chemin. Sa main s'était instinctivement refermée sur le manche de sa dague, mais il ne l'avait pas encore dégainé, comme si en s'abstenant, il repoussait le moment fatidique du combat. Tant qu'il n'aurait pas sorti son arme, cela signifiait qu'ils étaient en sécurité, et c'était mieux ainsi. Dans un silence de plomb, ils remontèrent la pente, chacun ouvrant les yeux à la recherche d'un abri. Nylam, qui fermait la marche, se retourna en entendant une créature renifler le sol dans son dos. De toute évidence, ils n'avaient pas été assez discrets. Pressant les esclaves en les poussant dans le dos, il siffla à voix basse :

- Vous avez trouvé quelque chose ? Dépêchez-vous !

- "Dépéchez-vous !", cria Eclari, essayant vainement de se faire entendre par les autres.
 
Une vague de crainte s'était emparée de lui. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? En dépit de tout ce qu'il avait vécu, il n'était pas préparé à affronter une menace dont il n'avait aucune idée, surtout dans l’état dans lequel il se trouvait. Quand la mort se présente sous une forme inconnue, sérénité et calme s'évanouissent. On confie alors sa vie à n'importe qui : un étranger à peine rencontré, et une jeune fille bien mystérieuse.
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MessageSujet: Re: Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO] Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO] EmptyDim 14 Juin 2015 - 21:45

Le souffle court, Nylam s'engouffra dans l'interstice que le garde du corps avait réussi à trouver. C'était une chance inouïe que d'avoir réussi à trouver un passage suffisamment large pour qu'ils pussent passer, sans que les créatures qui les traquaient fussent en mesure d'en faire autant. Le jeune mage se fraya un passage, malgré son sac qui le gênait, et il se retrouva à l'intérieur avec un soupir de soulagement non dissimulé. Autour de lui, l'obscurité était totale, et il distinguait à peine les silhouettes de ses compagnons. Par contre, il pouvait percevoir sans difficulté leur respiration haletante, et la crainte que l'on entendait dans leurs cœurs qui battaient la chamade, et qui paraissaient résonner entre ces remparts de roc qui les séparaient d'une mort certaine. Chaque fois qu'un bruit suspect se faisait entendre au dehors, chacun se recroquevillait davantage, essayant de se montrer aussi silencieux que possible. Ils ne savaient pas où ils se trouvaient, et ils craignaient naturellement qu'il existât une autre entrée à leur grotte, ou qu'une créature dangereuse s'y tapît. Ils n'étaient que des invités ici, et ils devaient faire preuve d'une grande discrétion, s'ils ne souhaitaient pas être chassés.


Eclari marchait lentement devant lui, et étrangement, son aura lui était clairement visible, l’aidant à se déplacer dans cette obscurité. Comme une petite lanterne qui n’éclairait rien mise à part elle-même. Soudain, elle pivota vers la fente, un air sérieux, comme si elle était prête à se battre :
 
- "Derrière toi !", cria-t-elle.
 
Alors qu'ils pensaient être tirés d'affaire, une paire d'yeux jaunes s'arrêta devant leur cachette, traquant leur odeur. Bien entendu, le passage était trop étroit pour permettre à la créature de les menacer, mais chacun fit un pas en arrière, portant la main à tout ce qui pouvait servir à se défendre. Nylam n'avait pas lâché sa dague, et il dut faire un effort de volonté pour ne pas le dégainer et essayer de pourfendre la bête. Il avait de bonnes chances de la toucher, mais très peu de la tuer directement, et encore moins de se débarrasser d'elle sans alerter toutes les autres créatures du coin. Non, il valait mieux faire profil bas, attendre, et se montrer discret. Le monstre, répondant à un appel lointain, s'éloigna et libéra l'entrée de la cavité dans laquelle se terraient les humains, terrifiés.

- Ce ne sont pas des loups, murmura Nylam en réponse à la remarque de la jeune fille qu'il avait captée un peu avant. D'après ce que l'on dit, les loups sont intelligents, ils vivent et chassent en meute. Ces créatures-ci sont différentes. Elles sont stupides et vicieuses : si elles ne trouvent pas à se nourrir, elles se dévorent entre elles.

C'étaient du moins ce que racontaient les légendes, et il n'avait rien qui permettait de prouver le contraire. Il préférait d'ailleurs leur faire confiance, car elles permettaient en général aux voyageurs de survivre au pèlerinage, et de rentrer chez eux en vie. Beaucoup s'amusaient de voir qu'il croyait aux racontars, mais il était le genre d'homme à écouter les conseils, et à vérifier lui-même leur validité, plutôt qu'à les mettre en doute sans avoir de preuves concrètes. La bête partie, les bruits de leur traque continuèrent à planer dans l'air. Les monstres semblaient chercher quelque chose, et Nylam devinait de quoi il s'agissait : la voiture à porteurs. Elle devait sentir l'homme à des kilomètres, et être une curiosité pour ces créatures qui n'avaient pas l'habitude de voir pareilles choses laissées sur le bord du chemin. De loin, on entendait d'ailleurs très nettement les craquements du bois, et les grognements sauvages des monstres, qui devaient s'acharner dessus pour l'ouvrir.

Fatalement, ce qui devait arriver arriva, et tous purent entendre un raclement sourd, suivi quelques secondes plus tard d'un choc fracassant. La voiture avait basculé dans le vide sous le poids des monstres, et avait dû aller s'écraser sur le flanc de la montagne. Réduite en pièces, il était vain de songer à aller la récupérer, et les esclaves devaient faire le deuil de la raison de leur présence ici. Les monstres semblèrent s'agiter après la chute de la voiture, et ils poussèrent une série de hurlements effrayants, avant de s'éloigner à la recherche d'une nouvelle proie, probablement. Nylam - et il n'était pas le seul - se détendit largement, conscient qu'ils avaient échappé au pire, même si la nuit n'était pas finie, et qu'ils devaient trouver un moyen de s'installer confortablement, et de sécuriser l'endroit. Le voyageur examina à tâtons autour de lui, et finit par poser les doigts sur la paroi. Elle était humide, et couverte d'une sorte de mousse gluante dont la texture lui tira une grimace de dégoût. La pierre devait absorber et retenir l'eau, permettant à ces plantes d'exister. Mais ce n'était pas le seul inconvénient. Leurs pieds étaient plongés dans une eau glacée, ce qui les empêchait de s'asseoir, ou même de déposer leurs bagages. Chargés comme des mules, attendre debout jusqu'au petit matin semblait être leur seule solution.

Eclari se mit de nouveau devant lui, l’aidant à se situer, éviant les obstacles. Elle semblait parfaitement se déplacer dans cet espace. Elle n’avait pas l’air sûr, mais elle affirmait ne sentir aucun danger.
Nylam, restant méfiant, se déplaça en suivant le mur, s'excusant quand il bousculait quelqu'un sans le vouloir. Il essaya de ne pas perdre le contact visuel avec les silhouettes qu'il entrevoyait de mieux en mieux, à mesure que ses yeux se faisaient à l'obscurité. Il finit par repérer ce qui semblait être un passage, assez large pour qu'un homme s'y frayât un chemin de face. Il remontait progressivement vers le sommet, mais avait le mérite d'être un peu plus sec, d'après ce qu'il pouvait en dire. Il ne voyait strictement rien, et il devait se fier à ses autres sens pour déterminer s'il y avait du danger ou non à s'aventurer dans cet endroit. A voix basse, il souffla :

- Attendez-moi, je vais explorer cet endroit.

Des voix lui répondirent, protestations ou encouragements, il s'en fichait. Il était totalement concentré sur sa mission, et il était conscient qu'il était impossible de rester où ils se trouvaient plus longtemps. S'ils finissaient trempés, ils n'attendraient jamais le sommet de la montagne. Les vents devenaient de plus en plus froids et de plus en plus violents à mesure que l'on approchait le pic, et ils avaient encore une journée de marche avant d'y être. Sans une bonne nuit de sommeil, au chaud et au sec, ils risquaient de commettre des erreurs fatales, de déraper sur le chemin sinueux, et de faire une chute mortelle. Si le temple était un lieu de paix et de repos, il devait son calme et sa tranquillité aux difficultés de l'ascension, qui pouvait se révéler extrêmement dangereuse quand on n'y prenait pas garde. Malheureusement, ils avaient été surpris par les circonstances et par la tombée de la nuit, ce qui risquait de compliquer les choses.

Nylam, s'aidant de ses deux mains pour ne pas déraper, s'avança un peu dans le passage, Eclari lui ouvrant la voie. Il fallait se baisser pour ne pas heurter le plafond bas, et rapidement ses genoux touchèrent le sol. Le boyau se rétrécissait perceptiblement, mais il y avait bel et bien une issue. Il s'y engouffra en rampant, et déboucha sur une salle où l'air était plus frais. Il n'était pas monté de plus d'un mètre, mais l'atmosphère avait changé du tout au tout. De toute évidence, il se trouvait dans une grotte naturelle, et un petit ruisseau serpentait non loin - il le percevait distinctement à l'oreille. Il ne voyait aucune source de lumière, ce qui ne signifiait pas qu'il n'y avait aucun chemin vers l'extérieur. Toutefois, en se penchant pour tâter le sol, il put constater que celui-ci était sec. Ils étaient sur de vrais rochers bien durs.

La grotte n'était pas suffisamment haute pour qu'il pût se tenir debout, mais elle ferait tout de même l'affaire pour la nuit. Se penchant vers le boyau, il héla ses compagnons, jusqu'à obtenir une réponse. De toute évidence, ils l'entendaient bien, le conduit devant canaliser les sons et les porter jusqu'à eux. Elevant la voix, il leur lança :

- J'ai trouvé un endroit sûr, venez !
 
- "Et moi dans tout ca !?" Dit la jeune créature, vexée.
 
Sûr était un bien grand mot, considérant qu'il ne l'avait pas exploré de fond en comble, mais on pouvait dire que c'était toujours mieux que la grotte humide et sombre dans laquelle ils se trouvaient. Accroupi dans les ténèbres, il ouvrit son sac et en retira à l'aveugle une torche, ainsi qu'un petit briquet rustique mais efficace. Tandis que les bruits d'une progression pénible et épuisante lui parvenaient depuis le boyau, il s'escrima à faire partir une étincelle, qui accepta finalement d'embraser sa torche. La lumière se répandit brusquement autour de lui, formant un halo orangé qui n'était pas désagréable, et qui lui donna du baume au cœur. Penché en avant, il entreprit une rapide exploration des lieux, et ne repéra pas de chemin indiquant que les monstres pouvaient approcher par là. C'était donc une cachette tout à fait appropriée, et il était probable que d'autres voyageurs l'eussent utilisé dans le passé pour s'abriter des monstres. Revenant à l'ouverture qui descendait vers le chemin, Nylam tendit la main au garde du corps qui s'extirpait tant bien que mal du passage. Il était plus grand et plus costaud, si bien qu'il avait été un peu à l'étroit dans le boyau.

- Faites attention à la tête, c'est assez bas. Tenez, prenez la torche si vous voulez vérifier qu'il n'y a pas d'issue.

Nylam avait cru déceler une méfiance supérieure à la moyenne chez l'étranger, et il l'expliquait par la présence de la jeune femme, qu'il devait vouloir protéger. Il savait que chez les hommes investis de pareille mission, le besoin de tout contrôler était fort, et il ne voulait surtout pas lui faire entrave, au risque de s'attirer ses foudres. Considérant la situation, toutefois, il n'y avait rien à craindre : il aurait fallu être fou pour mentir à ses compagnons alors que des dizaines de créatures incroyablement dangereuses rôdaient dans les environs. Le garde du corps s'empara de la torche, et s'éloigna quelque peu, silencieux, probablement absorbé par ses pensées. De toute évidence, il n'imaginait pas que son voyage allait se dérouler de la sorte, et il devait ruminer quelque chose. En tout cas, à sa place, Nylam aurait réagi de la sorte.

Eclari afficha un air furieux à cet homme qu’elle trouvait impoli, outrageant et complètement affreux.
Pendant que l'homme était éloigné, le voyageur tendit la main à la prochaine personne qui allait sortir du boyau. Il s'attendait naturellement à voir sortir un esclave, épuisé de porter autant de sacs de voyage, mais la main qui saisit la sienne était bien plus petite et bien plus douce que celle d'un esclave chargé de porter sur ses épaules une voiture. L'obscurité cacha sa surprise, et il se reprit avec empressement, aidant du mieux qu'il le pût la jeune fille à s'extirper du passage. Elle en sortit finalement, traînant derrière elle les sacs qui lui avaient été confiés, et qui pesaient tout de même leur poids :

- Toutes mes excuses, mademoiselle... J'aurais préféré vous éviter d'avoir à ramper dans ce conduit sombre et froid. Je n'ai pas eu l'occasion de me présenter dans les formes : je suis Nylam O’Byrn, à votre service. A qui ai-je l'honneur ?

Il ne savait pas pour quelle raison, mais faire la conversation en cet instant précis lui semblait être tout à fait approprié. Ils avaient échappé à des créatures sauvages et sanguinaires, trouvé une cachette suffisamment confortable pour envisager d'y passer la nuit, aussi converser avec une jeune fille lui paraissait-il parfaitement naturel. Peut-être y avait-il également l'expression d'une curiosité dévorante. Car après tout, il ne savait rien d'elle. Il avait à peine entrevu son visage, alors qu'elle se tenait derrière ses quatre esclaves et cette marâtre qui faisaient barrage de leur corps pour la protéger de toute attaque. De toute évidence, pour entreprendre pareil voyage avec cinq hommes et une femme à son service, elle devait être plutôt riche et importante, ce qui amenait par voie de conséquence à une interrogation : pourquoi avait-elle pris le chemin du monastère, en dépit de tous les dangers qui existaient sur le chemin ? Abandonnant ses manières, peut-être parce que l'obscurité et la proximité rendaient normal de poser ce genre de questions à une parfaite inconnue, il osa :

- Je dois admettre que je me demande ce qui vous amène dans ces montagnes hostiles. On dit du monastère d’Amphitrite qu'il apporte guérison et paix de l'âme à ceux qui s'y rendent, mais je peine à imaginer ce qui pourrait tourmenter une si jeune demoiselle.

Tandis que les esclaves continuaient à émerger du conduit, il attendit patiemment qu'elle répondît, se demandant même si elle allait accepter de lui parler directement...
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MessageSujet: Re: Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO] Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO] EmptyDim 14 Juin 2015 - 21:46

Pour l'heure, les aventuriers en quête de la quiétude du Monastère d’Amphitrite étaient en sécurité, au sec, et à l'abri des monstres qui rôdaient à l'extérieur. Pourtant, il régnait une tension qui demeurait inexplicable, entre eux... et plus particulièrement autour de la jeune fille qui paraissait être le centre de toutes les attentions. Ses quatre serviteurs exténués lui étaient entièrement dévoués, et la femme à ses côtés avait sa main posé sur sa poitrine, essayant de récupérer, mais aucun d'entre eux n'aurait hésité à donner sa vie pour la protéger, c'était évident. On le voyait à leur manière de se déplacer autour d'elle, de la regarder constamment comme s'ils avaient peur qu'elle s'évanouît sous leurs yeux. Cela avait attiré la curiosité de Nylam, qui n'avait pas pu s'empêcher de demander l'identité de la jeune fille. Il ne connaissait pas très bien la haute société des environs, mais lorsqu'elle lui répondit, il hocha la tête pesamment, en comprenant à qui il avait affaire :


- Je suis Célia Rhyfeddod, nièce de Charles Rhyfeddod. Je suis en pèlerinage pour le temple d’Amphitrite pour nous purifier.

Charles Rhyfeddod était un homme assez influent dans le Port Noire, un banquier de renom relativement puissant, qui avait très certainement les moyens de mettre à la disposition de sa nièce six serviteurs parfaitement dociles, dont quatre porteurs chargés de la convoyer au sommet d'une montagne. Une idée particulièrement étrange, mais après tout l'argent permettait de tout s'offrir... Celia, puisque c'était là son nom, lui présenta les hommes qui l'accompagnaient dans son voyage jusqu'au sommet de la montagne, à commencer par le seul qui portait une arme.
 
- Voici Ilan, mon garde du corps, dit-elle en présentant l’homme bien bâti de leur groupe.
 
 C'était son garde du corps, comme l'avait très justement supposé Nylam, et cela expliquait pourquoi il était le plus méfiant de tous - il continuait d'ailleurs son inspection des environs, avec beaucoup de méticulosité. Il avait le type des gens du Nord, et son nom n'avait rien de commun, Ilan, ce qui confirma les soupçons du voyageur quant à son origine.
Les quatre autres, qui sortaient progressivement du boyau, avaient renoncé à leurs noms - sans avoir vraiment le choix de le garder, d'ailleurs - , et ne portaient plus que des sobriquets plus ou moins flatteurs qu'avait dû leur donner leur nouveau maître. Charmant.
 
- Ces personnes m’aident à accomplir mon voyage. Ils sont très serviables, et attachant, dit-elle honteuse.

Elle les désigna, curieusement, comme des "aides", se refusant à employer le mot adéquat pour les qualifier, celui d'esclaves. Le jeune O’Byrn eut un léger sourire, amusé, devant une telle pudeur qui n'avait pas lieu d'être dans une cité comme Kilhé, qui vivait et s'enrichissait sur les milliers d'esclaves qui travaillaient dans les mines, qui travaillaient au port, qui travaillaient dans les maisons privées qui parsemaient la cité. Tout le monde connaissait l'importance de la cité dans le transit des cargaisons humaines qui sillonnaient le pays, et tout le monde connaissait le triste sort qui était réservé aux prisonniers captifs, aux traîtres qu'on voulait punir brutalement, et globalement à tous les ennemis du chef de la cité qui ne méritaient pas explicitement la mort. Ne pas oser les appeler par leur nom, c'était comme refusé d'appeler "ennemi" un individu pointant une épée à son cou, au beau milieu d'un champ de bataille. C'était... curieux. Eclari semblait aussi absorber chacun des mots que cette jeune fille sortait.

Le mage ne chercha pas à explorer la question plus que ça, toutefois, davantage par discrétion et tact que parce qu'il ne s'intéressait pas à la question. Il avait vraiment envie d'obtenir une réponse à ses questions - et cela se voyait un peu sur son visage -, mais il savait que cette fille était la nièce d'un personnage riche et puissant, et il ne voulait pas se montrer inconvenant. Il était toujours déconseillé de se mettre à dos de telles figures d'une ville, si on ne voulait pas se retrouver dans les ennuis jusqu'au cou. Surtout qu'ici, les ennuis pouvaient vite se révéler mortels. Il s'inclina donc respectueusement en face de la jeune fille, avant de s'écarter d'elle pour aider ses esclaves à sortir du trou. Malheureusement, cette intervention inopinée l'avait privé de la réponse à sa seconde interrogation. Et de toute évidence, la jeune fille paraissait ne pas trop regretter de ne pas avoir pu lui donner une explication satisfaisante. Elle lui adressa un sourire de circonstance auquel il répondit avec joie, bien que frustré,  et s'éloigna légèrement pour s'installer tranquillement à côté des sacs.

Nylam l'imita, mais la présence des esclaves le gênait, l'empêchait de parler à sa guise, et il ne fut pas en mesure de s'approcher davantage de la jeune fille pour poursuivre la conversation. Ces hommes, par leur simple présence, s'érigeaient comme un mur d'acier entre lui et elle. Résigné à supporter la présence des serviteurs qui semblaient épuisés d'avoir tant marché, et d'avoir dû porter leur maîtresse, il les observa s'installer à leur tour. Ils se rassemblèrent, et commencèrent à se préoccuper de la cheville blessée de leur camarade, qui s'était de toute évidence fait une petite entorse sans gravité, mais qui les ralentirait considérablement le lendemain. Décidément, ils n'avaient vraiment pas de chance. Mais au moins, ils étaient tous en vie, et ils pouvaient s'estimer heureux qu'aucun d'entre eux n'eût chuté avec la voiture. Ils auraient pu être tous emportés dans le vide, et on aurait retrouvé leurs cadavres des mois après, par un hasard extrême. Beaucoup n'avaient pas survécu au voyage vers le Monastère, et avec une telle organisation, on pouvait dire que Celia et ses hommes l'avaient échappé belle.

Installé autour du feu de bois qui venait de faire son apparition, Nylam sentit la chaleur et la vie revenir progressivement dans son corps frissonnant, alors que les flammes s'élevaient peu à peu, et que la lumière revenait dans cette grotte naturelle. Les ombres projetées sur les visages de chacun déformaient leurs traits, et leur donnaient un air hagard, éreinté, qui était révélateur de ce qu'ils éprouvaient au fond. Car ici, retranchés dans une caverne obscure qui constituait leur seul abri contre les créatures de cauchemar qui couraient là au dehors, ils ressentaient pleinement le poids de leurs jambes lourdes d'avoir tant marché, et leurs épaules douloureuses d'avoir supporté de si lourdes charges. Ils avaient beau être tous de bonnes constitutions, solides et endurantes, ils accusaient le coup de ce pèlerinage difficile, et ils seraient tous heureux de trouver le repos au Monastère. Pour l'heure, la seule chose qu'ils voulaient faire, c'était prendre un bon repas chaud, et ensuite s'installer aussi confortablement que le leur permettrait le sol en pierre, pour attaquer au mieux la journée du lendemain. La dernière, avec de la chance.

Mais Nylam, qui était quelque peu tenace, s'installa tout à côté de la jeune fille avec un grand sourire chaleureux, qu'il espérait pouvoir faire fondre ses réticences à lui parler.
 
-"Quel malotru !", s’emporta Eclari, prête à bondir sur lui.
 
Nylam ressentit le danger et ne voulant éveileller aucun soupçon, il se concentra fortement et parla dans sa tête, en espérant qu’Eclari comprenne :
 
- "Ce n’est pas ce que tu crois ! Je cherche des réponses à leur sujet, et tu en veux aussi à ce que j’ai vu."
 
Eclari ne bougea plus, et le danger qu’elle émanait, s’estompa. Cela avait-il marché ? L’avait-elle entendu.
 
- "Si tu n’avais pas maitrisé cette forme de ta magie, je t’aurai mordu…", finit-elle par dire, "Mais vu que tu as réussi à l’apprendre par toi-même, je vais te féliciter et ne rien faire. Tires-en des informations, et ne batifole pas."
 
Cela avait en effet marché ! Il soupira intérieurement, et refit face à Célia. Cela pouvait paraître un peu cavalier, voire même complètement déplacé, mais au vu des circonstances, il estimait que ce genre de rapprochements était moins suspect que dans un cadre civil. Il se savait plutôt avenant, et on lui faisait facilement confiance au premier abord, si bien qu'il espérait qu'elle ne verrait pas son initiative comme une agression. Avec un peu de chance, elle serait encline à lui parler, à lui raconter ce qu'elle avait sur le cœur, et qu'elle paraissait ne pas vouloir lui dire spontanément. La curiosité était un vilain défaut, disait-on, mais lui ne pouvait pas résister à explorer la vie des gens qu'il croisait, car il était convaincu de pouvoir trouver quelque chose d'intéressant. Et puis, dans cette grotte sombre et froide, que pouvaient-ils faire d'autre que parler pour combattre le silence pesant qui les entourait ?

Toutefois, alors qu'il sentait qu'elle allait bientôt devoir lui répondre, un des esclaves prit la parole avec un enthousiasme tout à fait malvenu. Le sourire de Nylam se fissura en un clin d'œil, et il se retourna vers l'homme qui venait de l'interpeler directement, alors qu'il n'était même pas libre. Son visage afficha une surprise quelque peu outrée, comme si la perspective de voir quelqu'un qu'il considérait de toute évidence comme un sous-homme venir lui parler était intolérable. Il n'avait rien en particulier contre les esclaves, mais il lui semblait qu'il était peu élégant de la part d'un étranger, de lui adresser la parole de manière aussi décontractée et naturelle. Il dévisagea l'homme, qui de toute évidence venait d'un pays lointain, et lui fit un sourire pincé qui exprimait toute la gêne contenue qu'il éprouvait face à cette situation.

Se tournant vers Celia, il lança avec un sourire :

- Eh bien, vous me voyez surpris... Vous laissez vos esclaves parler d’eux-même ? J'ai rarement rencontré maître, enfin… maîtresse aussi gentille envers ses gens.

C'était une remarque totalement naturelle, et qui n'avait aucun but polémique. En réalité, il était très surpris de voir le laxisme de la jeune femme, qui faisait confiance à ces quatre hommes comme s'ils étaient ses amis, comme s'ils n'étaient pas là simplement pour échapper aux coups de fouet ou à des conditions de vie plus difficiles dans une autre maison. Elle les laissait s'exprimer sans entraves, et elle leur permettait même de sourire ouvertement, comme pour lui faire comprendre à quel point leur situation était agréable. S'ils n'avaient pas été dans une situation aussi délicate, il aurait cru qu'elle essayait de lui démontrer à quel point ses serviteurs étaient bien traités, ce qui n'était pas une preuve de bienveillance et de compassion ici, bien que Nylam était joyeusement fasciné par son comportement. Ici, à Kilhé, les esclaves trop libres étaient une marque de faiblesse et de mollesse. Très certainement que Charles Ryfheddod n'aurait jamais accepté une telle familiarité de la part des hommes qu'il avait achetés, mais puisque c'était sa nièce qui était aux commandes...

Le garde du corps, après avoir terminé son inspection, revint autour du feu de camp qui crépitait joyeusement, et prit place entre Celia et Nylam, l’autre jeune femme à ses talons. Eclari qui était à cette place bondit, manquant de se faire écraser. Elle les pesta du regard avant de prendre une nouvelle place où elle se rangea près du jeune O’Byrn. De toute évidence, il avait perçu l'intérêt singulier de ce voyageur inconnu pour la jeune fille qu'il devait protéger, et il avait décidé d'y couper court par sa seule présence physique. L'aventurier, peu querelleur, s'écarta légèrement pour laisser le guerrier s'installer, et décida de ravaler sa curiosité et son trouble vis-à-vis du comportement ultra-protecteur autour de la jeune fille. Il y avait décidément une aura de mystère qui l'entourait, et au lieu de se dissiper autour du danger et des épreuves traversées ensemble, elle semblait s'épaissir et se développer dans les ténèbres de la caverne qu'ils avaient choisie pour abri cette nuit. Les questions n'avaient pas disparu pour autant, bien au contraire. Elles se complexifiaient, se ramifiaient, et l'aventurier était de plus en plus décidé à percer les secrets de cette bien étrange compagnie.

Peu après avoir commencé à manger, il fallut décider des tours de garde pour passer la nuit. De toute évidence, Ilan paraissait ne pas faire confiance à leur cachette temporaire, et Nylam ne pouvait qu'abonder dans son sens. Ils avaient certes exploré brièvement les environs, mais ils ne savaient pas qui pouvait se terrer dans cet endroit, et ils pouvaient tout aussi bien avoir mis le pied dans le nid de créatures qui attendaient patiemment leur heure pour leur sauter dessus. On ne pouvait jamais être trop prudent dans un environnement aussi hostile, l'expérience le leur avait appris.
 
- Je me porte volontaire !
 
A la surprise du voyageur mais également d’Eclari qui ouvrit grands ses deux yeux bleus, ce fut la nièce qui se proposa pour prendre le premier tour. Il la dévisagea intensément, incrédule. D'ordinaire, bien qu'elles sussent se battre, les filles nobles ne se donnaient jamais la peine de participer aux activités militaires. Ils étaient huit, et son concours n'était pas nécessaire pour assurer la sécurité de ceux qui se reposaient. Elle, étonnamment, semblait vouloir participer, vouloir ménager les hommes censés tout sacrifier pour son confort. Et si Nylam trouvait cela insolite bien qu’agréable, il n'était pas au bout de ses surprises.

Il était sur le point de se porter volontaire pour le troisième tour, quand elle laissa échapper quelque chose qui lui parut particulièrement suspect. Il dissimula son étonnement à grand peine, bien aidé en cela par l'obscurité qui les entourait, et qui lui permettait de ne pas trop en révéler sur le contenu de ses pensées. Et pourtant, il était tout à fait perturbé par ce qu'il entendait. Dieu ? Avait-elle bien dit "dieu" ? La religion était un élément complexe dans cette région, car traditionnellement les différents clans croyaient dans les forces élémentaires de la nature, ou dans des dieux qui appartenaient à leur mythologie particulière, tout dépendait des régions. Le royaume était ensuite tombé sous la coupe de Chronos, puis de Poséidon, et tout le monde connaissait cette histoire : jadis, dans le passé, le royaume avait connu son heure de gloire sous le règne de ces deux éminences, qui avaient finalement été vaincues par les peuples des mages, une guilde de renom à leur tête.
 
Depuis le nouveau chef du Port Noir, la religion de Poséidon était revenue au premier plan, et elle l'avait instaurée comme religion de la cité. Nylam était loin d'être un fidèle, mais c'était parce qu'il arpentait cette région depuis deux ans qu’il connaissait les coutumes et également qu’il ne sera pas une gêne dans cette région. Toutefois, les familles puissantes devaient faire allégeance au culte suprême de Poséidon, et les écarts étaient parfois perçus comme des manifestations de pensées séditieuses. Pourtant, cette fille venait en toute liberté de convoquer un dieu qui n'était pas Poséidon - que tous appelaient communément par ce nom dans leurs prières et leurs suppliques. Le voyageur, perplexe, ne répondit rien, mais le regard qu'il lança à la jeune fille était éloquent, et elle capta de toute évidence son coup d'œil insistant, car elle détourna la tête par après. Il y avait décidément bien des choses suspectes chez ces gens, qui paraissaient par trop différents de ce que l'on trouvait communément à Kilhé, ville de marché noir et dédiée entièrement au culte de Poséidon - dont le temple occupait le sommet de la cité. Ravalant ses commentaires, Nylam se contenta de lancer :

- Ok, je prendrai donc le troisième tour de garde si vous n'y voyez pas d'inconvénient. Espérons de passer la nuit sans encombres.

Sur ces belles paroles, il s'allongea aussi confortablement que le lui permettait la configuration des lieux, serra sa dague contre lui, ferma les yeux, et s'endormit comme une pierre.
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MessageSujet: Re: Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO] Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO] EmptyDim 14 Juin 2015 - 21:46

- A genoux ! A genoux !

Les hommes, alignés en rang, tombèrent plus qu'ils ne s'agenouillèrent devant l'individu qui défilait devant eux. Ils étaient exténués, amaigris, et ils avaient de toute évidence traversé de nombreuses épreuves avant d'arriver où ils étaient. En revanche, celui qui marchait en les toisant du regard paraissait en bonne santé, et son sourire suffisant trahissait le sentiment de supériorité qui l'habitait à mesure qu'il observait les misérables qui se tenaient sous ses yeux. Il était vêtu d'une superbe cape carmin, et il portait sous le bras un document enroulé sur lui-même, frappé du sceau royal. Il portait la parole du chef du Port, et à voir son visage glaçant, les mots qui étaient inscrits sur cette lettre deviendraient réalité par sa main. Il rompit le cachet de cire qui garantissait le secret de la missive, et déroula le document avec un geste emphatique. Sa voix de stentor résonna, et les hommes agenouillés baissèrent la tête, attendant le verdict :

- Par la présente, et au nom du bien-aimé maître de notre cité...

Il marqua une pause, se délectant de l'espoir ou de la crainte qu'il suscitait chez son auditoire. De toute évidence, il se complaisait à manipuler le pouvoir, et en tant qu'émissaire de l’homme le plus puissant de la cité, il avait l'impression d'être quelqu'un, d'être investi d'une autorité qui le rendait meilleur que le commun des mortels. Et pour l'heure, en effet, il les dominait totalement. Il reprit, d'une voix douce et suave, presque amicale :

- Je vous condamne à mort, pour haute trahison envers le royaume.

La sentence était terrible, et devait sans doute paraître justifiée aux yeux du maître, qui souhaitait se donner l'image d'un chef fort et juste, sévère avec ses ennemis, bon avec son peuple fidèle. Il y eut des frémissements dans les rangs, alors qu'un bourreau choisi pour l'occasion approchait. Il n'était pas de ceux que l'on imagine habituellement, masqué et armé d'une épée gigantesque, prête à vous couper la tête. Il était petit, malingre, et on voyait parfaitement les traits de son visage couturé de cicatrices. En guise d'épée, il n'avait qu'une petite dague, à la lame effilée. Il fit se relever le premier condamné, et lui planta son arme dans l'estomac.

Un cri de souffrance.

Une mort atrocement lente.

Le début du calvaire...



~~~~

- "Nylam ! Nylam, réveille-toi !", hurla la voix de la petite créature spirituelle.

Il se réveilla en sursaut, et attrapa fermement la main qui s'était posée sur son épaule. Le feu s'était presque éteint, faute de bois, mais le visage du guerrier était toujours clairement visible. Le jeune mage, dont les traits laissaient entrevoir la violence du cauchemar qui avait agité sa nuit, prit quelques secondes pour se calmer, et pour s'habituer à l'obscurité oppressante qui les entourait. Pendant un instant, il s'était senti perdu, absorbé dans les ténèbres. Il passa la main sur son visage, comme pour en chasser définitivement les doigts crochus de la peur et du dégoût qui s'y accrochaient. Il avait l’impression d’avoir déjà vécu ce moment. Serait-ce ce dont parlait Eclari à propos de vivre avec un esprit en lui ? Le Morrigan ? Tellement de sang semblait avoir coulé ce jour-là, il avait vu tellement d'horreurs, qu'il en resterait traumatisé à jamais, très certainement. Chassant cette image de son esprit, il se redressa, et laissa le guerrier aller retrouver sa couchette. Il n'y avait pas de raison de le retenir plus longtemps, alors qu'il avait pris soin de tout le monde plusieurs heures durant. Le jeune mage s'installa près des flammes, enroulant sa couverture autour de ses épaules.
 
- "Ca va aller ?" demande la petite Eclari qui vint se faufiler dans la couverture.
 
Il ne répondit pas tout de suite. Il l’observa un instant, voyant ses deux yeux plein d’inquiétude. Elle avait raison d’en avoir, il n’avait jamais fait de rêve aussi clair. Cela le perturbait, et lui rappelait son impuissance. Il n’avait fait que fuir durant toutes ces années et jamais il n’avait pensé à répliquer.


Ils venaient de fuir face à ces créatures qui les avaient retranchés dans cette grotte, or s’il avait la même puissance qu’il avait lors de son combat, il aurait pu faire quelque chose. Mieux, il assurait davantage sa protection, mais également ceux des autres. Intérieurement, il voulait protéger Célia. Il avait la sensation, qu’elle devait être sauvée. Même s’il ne comprenait pas pourquoi, mais l’intrigue qu’inspirait cette mystérieuse personne lui suffisait amplement comme raison.
 
- Eclari.., dit-il d’une voix basse et étouffée, je… je veux apprendre. Apprends-moi. Apprends-moi la magie.
 
La jeune créature resta un instant étonnée. Elle l’observait de haut en bas, sans vraiment comprendre d’où venait cette soudaine résolution. Néanmoins, cette détermination semblait la réjouir, qu’elle décida de récompenser par une sorte de petit baisé sur sa joue. Le jeune O’Byrn dissimula son visage subitement gêné. Pendant un instant, il avait ressenti l’aura d’une femme. D’une femme sublime, et imposante, même… ravissante.
 
- "Très bien", fit-elle d’un grand sourire, "c’était prévu, mais je n’oublierai pas cette détermination, et je ne te laisserai jamais l’oublier également. Ce sera un chemin difficile que tu entreprendras, mais je serais toujours à tes côtés… toujours".
 
Ainsi débuta sa leçon sur la magie. Une leçon qu’il n’oubliera pas de sitôt. La jeune créature posa s’installa sur les genoux du jeune mage, et posa son front contre le sien. De nouveau, Nylam, de nature farouche, se sentit quelque peu gêné, bien qu’il ne s’agisse que d’un quadrupède. Pourtant, son côté femme semblait être plus imposant depuis qu’elle s’était décidée à lui apprendre la magie. Elle ferma les yeux et invita Nylam à en faire de même.
 
- "Je vais t’aider un peu pour les bases, tu complèteras la suite par toi-même. Puis, tu t’exerceras"
 
La voix rassurante d’Eclari l’apaisa à une vitesse ahurissante et il finit par la suivre, et ferma lentement les yeux. Elle murmura plusieurs paroles dans une langue qu’il ne comprenait pas, mais qui lui semblait très familière. Elle parla pendant un long moment ainsi, jusqu’à ce que soudainement, l’esprit du jeune garçon fut remplis de symboles. Dans l’obscurité de ses yeux fermés, il vit une multitude de symboles chacun différent les uns des autres mais tous semblant signifier quelque chose. Il ouvrit lentement les yeux et eut l’impression de voir pour la toute première fois et dans sa tête résonnait cette pensée :
 
"Au commencement, le monde n'était pas chaos. Avant le commencement, le monde était. Il était Néant. Le Néant n'est pas vide, bien qu'il s'en nourrisse. Le Néant est fluctuant, insaisissable, sans arrêt et absolu. Le Néant est le désordre, le mouvement et l'éternel renouvellement, car jamais il ne laisse rien de stable s'installer.
Limbo Eterna."

Ainsi sur cette pensée, des fils argentés dansaient dans toute la pièce, des flux de magies, la magie de l’esprit, sa magie. Il vit les flux glisser entre ses doigts et l’inspirait à agir. Il y avait en lui ces mots qui résonnaient, ces mots qu’il avait prononcés… Il se sentait prêt, il connaissait l’incantation, l’ordre à suivre, l’énergie à fournir… C’était presque trop facile, comme si il l’avait toujours fait. Il tint sa main devant lui, ferma les yeux et suivit ces instructions qui semblaient déferler en lui :
 
- Lost Magic, limbo Balnce… Iompar.
 
A ces mots les flux de magie convergèrent subitement vers sa main tendue, comme si ils étaient appelé par cette même. Ils fusionnèrent ensemble et lentement formèrent un cercle qui grandit, grandit… grandit… de quelques centimètres seulement. Le disque de téléportation qu’il avait créé auparavant, lui permettant de téléporter son corps, ou un membre de son corps, ne faisait dorénavant que deux ou trois centimètres de diamètres. Suffisant pour y glisser un doigt.
 
Bien qu’il fut dépité et dessus, il s’y risqua et inséra son index à l’intérieur, celui-ci ressortit par un autre portail qui apparut juste devant son visage, où il aperçut le bout de son doigt téléporter. Mais il ne resta pas longtemps étonné, il fut pris d’une douleur soudaine à ce même doigt et manqua de hurler sous la douleur. Il avait l’impression d’être brûlé et sortit son doigt d’un geste, le disque de téléportation disparut au même instant.
 
- "Ah…Il te faudra un peu plus d’entraînement que je ne le pensais", soupira Eclari tout en s’installant confortablement devant lui, "Tu dois être prudent. Le portail que tu ouvres est spécial. Quiconque y rentre est bénit par l’énergie des Limbes, et se voit soigner et renforcer. C’est également le cas des Morrigans, mais seuls eux sont maudits et subissent une douleur méconnue lorsque leur corps entre en contact avec les Limbes."
 
Cela manquait encore d’information, mais le jeune O’Byrn acquiesça tout embrassant son doigt, essayant vainement d’atténuer l’insupportable douleur. C’était comme si son index brulait de l’intérieur, tout en y recevant des multiples décharges. Puis, quelque chose le frappa :
 
- Mais, la dernière fois, mon combat contre le géant, j’ai fait la même chose, et pourtant…
 
- "Tu as utilisé Airm", coupa-t-elle.
 
- Airm ?
 
- "Oui, Airm", répéta Eclari, "Il s’agit d’un sort qui permet à ton corps d’être protégé des effets néfastes des Limbes. Elle diffuse une magie pure qui recouvre tout ton corps, ou une partie selon ta maîtrise. Ce n’est pas évident, mais lorsqu’elle est bien maîtrisé, tu économise de l’énergie, en gagne et te permets d’être plus efficace. Mais bon, le secret se trouve…"
 
- En moi, je sais, coupa Nylam épuisé.
 
- "Bien, tu sais ce qu’il te reste à faire maintenant."
 
Il soupira et retourna à sa pratique magique pendant tout son tour de garde. Il avait l’impression de s’épuiser plus que de faire des progrès, mais au moment il pensait fléchir, ou même s’arrêter Eclari lui rappela sa détermination. La raison pour laquelle il se battait. Il ne voulait pas fuir éternellement, il voulait se défendre et défendre et les autres, et continua ainsi.
 
Ce fut très long pour Nylam cette nuit… Très long…
 
Alors qu’il semblait enfin faire des progrès sur le sort de Iompar et de Airm, il se reposa un instant et regarda autour de lui, avant que ses yeux ne s'égarassent sur le visage apaisé de Celia, Celia Ryfeddod.

Elle paraissait dormir paisiblement, et récupérer d'une journée riche en émotions et en aventures. Cela devait bien la changer de son quotidien. Mais en l'observant, il avait l'impression de voir sur ses traits, rendus mystérieux par les ombres qui y dansaient, une forme de gravité qu'il n'arrivait pas à s'expliquer. C'était comme si elle était perpétuellement triste, ou perpétuellement anxieuse. A moins que ce ne fut son imagination, mais il avait vu ce regard chez tellement de gens... Chez tous ceux qui, dans son "souvenir", ce "rêve", avaient perdu la vie durant ce jour tragique. Il se souvenait de leurs yeux, de l'âme qu'il voyait à travers. Une âme brisée, terrifiée, recroquevillée, mais qui semblait défier la vie et le monde. Et puis la lame plongeait dans leur corps, et ils mouraient dans d'atroces souffrances. Ils mouraient par sa faute.

Hanté par de noires pensées, et de rouges souvenirs, Nylam ne vit pas les heures défiler, et il ne vit pas le jour se lever. Il comprit qu'il était temps de bouger quand il vit ses compagnons de route commencer à s'éveiller, après ce qu'ils devaient considérer comme une bonne nuit de sommeil. Dans l'obscurité de la grotte, il n'y avait aucune lumière naturelle, et ils perdaient facilement la notion du temps, si bien que s'ils n'avaient pas remué, il aurait continué à veiller sur eux sans se poser davantage de questions. Il tendit l'oreille, et ne perçut aucun bruit au dehors, comme si les créatures étaient parties. Cela signifiait probablement que le jour s'était levé, et donc qu'ils devaient se mettre en route s'ils voulaient atteindre le Monastère avant la nuit. L'aventurier lança à ses compagnons, qui émergeaient progressivement :

- Mangeons un morceau, et partons. Je crois que le soleil est haut dans le ciel, et nous pouvons arriver à destination avant ce soir, si nous commençons sous peu.

Il jeta un regard à Celia, qu'il apercevait à peine, mais dont il pouvait deviner la posture. Curieusement, elle paraissait en forme... ou à tout le moins, plus en forme qu'il en l'aurait cru. Toutes les femmes apprenaient à se battre, certes, mais cela ne signifiait pas qu'elles étaient formées pour fuir des bêtes sauvages terrifiantes, pour ramper dans des conduits naturels étriqués, et pour dormir dans des grottes obscures à même la pierre. Pourtant, en dépit de ses robes et de ses atours, elle paraissait s'accommoder fort bien de la situation. Trop bien pour la nièce d'un riche banquier de Kilhé. Nylam fronça les sourcils mais ne dit rien, se contentant de manger avec les autres, avant de descendre dans le boyau qui les mena à la petite cavité naturelle  où ils avaient trouvé refuge.

Effectivement, il faisait jour dehors, et quand il se glissa dans le passage pour retrouver le chemin sinueux qui serpentait à flanc de montagne, il dut se protéger le visage des rayons du soleil. Il ouvrait la marche, naturellement, tandis qu'Celia et son garde du corps demeuraient légèrement en retrait, comme s'ils avaient peur de lui. Il avait noté leur attitude distante vis-à-vis de lui, ce qui pouvait s'expliquer dans une certaine mesure, mais il ne comprenait toujours pas pourquoi la jeune fille se refusait à lui adresser la parole, alors qu'elle se montrait si familière avec ses esclaves. Il se retourna innocemment, et capta une conversation qu'ils avaient à voix basse. Les mots étaient chuchotés, si bien qu'il ne comprit pas le sens de leurs paroles, mais il devina qu'ils parlaient de lui. Ils s'interrompirent immédiatement, sans rien lui dire, ce qui ne fit qu'accentuer son trouble. De quoi pouvaient-ils bien discuter ainsi, secrètement ? Il haussa les épaules, préférant se concentrer sur l'instant présent, et fit face à la route qui s'élevait sensiblement vers le sommet :

- En avant chers compagnons. Ne traînons pas !

Il sourit pour lui-même. Il finirait bien par avoir ses réponses, ce n'était que partie remise.


To Be Continued
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Chapitre III - La Montagne de Kirlhé [SOLO]

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